Manna : «Pour Moscou, Bachar el-Assad n’est pas sacré»

INTERVIEW- Dirigeant du Comité national de coordination pour le changement démocratique, groupe d’opposants syriens, Haytham Manna a rencontré récemment la direction russe à Moscou

LE FIGARO. – Le soutien russe à el-Assad est-il indéfectible?

Haytham MANNA. – Les Russes font une distinction entre l’État et le régime. Ils tiennent à préserver l’État ; en revanche, aucune personnalité du clan el-Assad n’est sacrée à leurs yeux, y compris Bachar. Moscou veut tout particulièrement préserver l’unité de l’armée, considérée comme garante de l’intégrité territoriale de la Syrie et du respect des différentes communautés. Selon les Russes, c’est avec des généraux qui ne sont pas impliqués dans la répression qu’un dialogue pourra s’instaurer. Ils n’ont pas une position figée.

Quelle est leur stratégie?

La Russie estime qu’une intervention militaire étrangère serait une catastrophe. En revanche, tout ce qui concerne le régime peut être mis sur la table, nous en avons discuté avec eux. Ils approuvent par exemple la refonte des services de renseignements, afin qu’ils ne soient plus au service d’un clan. Les Russes ont 1200 experts civils et militaires. Près de 50.000 d’entre eux sont mariés avec des Syriens ou des Syriennes. Nos interlocuteurs à Moscou sont très conscients de la situation en Syrie, notamment Victor Bogdanov, un proche de Vladimir Poutine. Il a été neuf ans en poste à Damas, il parle l’arabe et connaît les surnoms de la plupart des responsables de l’opposition.

Sont-ils déjà dans l’après-Bachar, sans le dire?

Leur réponse à cette question a été la suivante: «Qui vous dit qu’on veut garder Bachar à tout prix? C’est une décision du peuple syrien, pas la nôtre.» Pour les Russes, le départ d’el-Assad pourrait être envisagé dans le cadre d’une solution globale, qui maintiendrait le rôle de l’armée pendant la transition – comme en Égypte. Ils sont bien sûr très attentifs à ce que la nouvelle Syrie adopte une politique internationale équilibrée. La solution russe au conflit n’est pas forcément prorégime. Mais Moscou ne veut pas que la Syrie tombe entre les mains du Conseil national syrien (le principal groupe d’opposition, NDLR), c’est-à-dire, pour eux, de la Turquie, des Frères musulmans et de leurs parrains du Golfe. Pour nous, opposition, la solution ne peut venir que d’un rapprochement américano-russe, appuyé par les Européens. L’éloignement de la Russie, préconisé jusqu’à maintenant par la Turquie, le Qatar et certains pays européens, a retardé toute solution. Nous espérons que cela change.

Comment y parvenir?

Nous avons proposé aux Occidentaux, aux Russes et à la Ligue arabe de réaffirmer leur soutien au plan Annan, sinon ce sera la guerre civile. Nous devons renforcer la mission des observateurs de l’ONU sur place, augmenter ses effectifs (300 actuellement, NDLR), élargir son rôle grâce à la présence d’une trentaine d’experts – en explosifs, médecins légistes – et leur fournir des équipements plus performants. Enfin, nous demandons l’appui des pays occidentaux pour que cette mission renforcée puisse se transformer en une véritable force de paix, si le régime continue de ne pas respecter le plan Annan. Ainsi aurions-nous les moyens de faire pression sur Bachar el-Assad, tout en aidant la population sur le terrain.

التصنيفات : Sujets en français, اللقاءات الصحفية

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